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La
mère des croyants, Aïsha
a
rapporté que le Messager de Dieu
a dit :
«
Celui qui apporte dans notre religion-ci une
innovation qui lui est étrangère, on doit rejeter
tout ce qu'il dit. »
Rapporté
par Al-Bukhârî et Muslim.
Dans une autre version de Muslim :
« Celui qui fait une chose en désaccord avec
notre religion, on doit rejeter tout ce qu'il
fait. »
Explications
I
- Importance du hadîth :
Ce
hadîth est un des importants fondements de l'Islam.
Car si le hadîth :
« Les actes ne valent que par les intentions
»
évalue les actes quant à leur aspect intérieur
et montre que toute action entreprise sans le
désir de satisfaire Dieu,
sera sans récompense. De même, le présent hadîth
évalue les actes quant à leur aspect extérieur.
Il s'ensuit que toute action qui ne se conforme
pas aux Commandements de Dieu
et à ceux de Son Envoyé
est irrecevable. Autrement
dit, quiconque innove en matière de religion
ce que Dieu et Son Envoyé n'ont pas autorisé,
n'appartient en rien à la religion.
An-Nawawî
a
dit :
« Il faudrait que ce hadîth soit appris et retenu
et rejeter, sur sa base, les actions blâmables
».
Ibn Hajar Al-Haytamî
a dit : «
C'est une des règles de l'Islam. C'est même
la plus utile de par son contenu. Il représente,
en effet, un préambule général pour tout argument
(texte coranique ou hadîth) d'où est déduit
une règle juridique ».
II
- Ce que l'on peut retenir du hadîth et ses
bonnes directives :
1
- En Islam, on se conforme (au Coran et à la
sunna) et on n'innove pas :
Par
ce hadîth, qui est le fruit de la faculté exclusive
qu'avait le Prophète d'exprimer
beaucoup
de choses en peu de mots,
l'Envoyé de Dieu
a préservé l'Islam de l'exagération des
extrémistes et de l'altération des manipulateurs
de textes. Le hadîth tire sa substance de nombreux
versets qui édictent que le succès et le salut
résident dans la conformité des actes à la guidance
de l'Envoyé de Dieu ,
sans exagération ni rigorisme. Il en est ainsi
de ces versets coraniques :
 « Dis: "Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous
pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
[
Sourate 3. la Famille d'imran (Al Imran). verset
31 ]
«
Et telle est ma voie en toute rectitude, Suivez-la
et ne suivez pas les chemins qui vous disperseraient
de Sa voie. » [
Sourate 6. Les bestiaux (Al-Anam). verset
153
]
Par
ailleurs, Muslim
rapporte dans son « Sahîh »
que le Messager de Dieu disait
dans ses sermons :
«
Le meilleur discours est le Livre de Dieu, la
meilleure direction est celle de Muhammad
et les pires des choses sont les créations
nouvelles. Toute création nouvelle est une innovation
et toute innovation est source d'égarement.
»
Al-Bayhaqî
rapporte le même hadîth avec un ajout :
«
Et tout égarement conduit au Feu ».
2
- Les actes rejetés :
Le
texte du hadîth est explicite quant au rejet
de tout acte en désaccord avec la religion de
Dieu .
Son contenu indique que les personnes légalement
responsables, doivent, dans leurs actes, se
conformer aux règles de la législation (la
sharî'a),
et s'en tenir aux injonctions et aux interdits
qui sont soit dans le Livre de Dieu,
soit dans la sunna de Son Messager .
Il s'ensuit que tout l'égarement est que les
actes se dégagent du cadre des règles de la
législation (la
sharî'a),
ne s'y conforment pas, et qu'ils jugent la législation
au lieu que ce soit cette dernière qui les juge.
Il est, alors, du devoir de tout Musulman de
juger ces actes comme étant nuls et irrecevables.
Ces
actes irrecevables se divisent en deux parties
: Ils peuvent relever soit des pratiques cultuelles
('ibâdât),
soit des relations humaines (mu'âmalât).
a)
Les pratiques cultuelles : Tout
acte qui s'inscrit en dehors de la Loi de Dieu
et
de Son Envoyé
est rejeté.
Dieu dit :
«
Ou bien auraient-ils des fois des associés (de
Dieu) qui leur auraient fait à partir de la
religion une législation leur prescrivant ce
que Dieu n'a jamais autorisé ? » [
Sourate 42. La consultation (Achoura). Verset
21
]
Il
en est ainsi de celui qui prétend se rapprocher
de Dieu en écoutant de la musique, en dansant,
en regardant les femmes (qu'il pourrait légalement
épouser), ou par d'autres choses qui ne sont
que pure innovation des gens, et simple produit
de la folie qui caractérise notre époque.
Ces
gens et d'autres que Dieu
a aveuglés et détournés du chemin de la vérité,
et qui ont suivi le chemin de Satan, prétendent
se rapprocher de Dieu
au moyen des innovations qu'ils ont apportées.
Ils ressemblent en cela aux arabes associateurs
qui ont créé des actes cultuels et des moyens
de se rapprocher de Dieu
, sans que Dieu
y fasse descendre la moindre preuve ayant force
d'autorité. Dieu
dit d'eux : «
Leur prière autour de la Kaâba se limitait à
des sifflements et à des battements de mains...
» [
Sourate 8. Le butin (Al-Anfal). Verset 35 ]
D'aucuns
se figurent que ce qui, dans un acte de dévotion,
est un moyen de se rapprocher de Dieu ,
peut l'être également dans tout autre acte de
dévotion. C'est
le cas de cet homme qui , au
temps du Prophète ,
avait fait le voeu de rester continuellement
debout sous le soleil, de ne jamais s'asseoir,
de ne jamais se mettre à l'ombre, et de jeûner
sans arrêt. Le Messager de Dieu lui ordonna de s'asseoir, de se mettre
à l'ombre et de terminer son jeûne jusqu'à la
fin de la journée.
Les
livres de droit musulman
fournissent des détails sur les règles relatives
aux pratiques cultuelles en Islam. Ils précisent
ce qui en est rejeté et annulé lorsqu'on leur
fait subir un ajout ou une amputation qui n'ont
pas été établis par le
Sage Législateur.
b)
Les relations humaines : C'est
le cas par exemple de la conclusion de contrats
et de leur résiliation. Ainsi, tout ce qui est
contraire à la législation de Dieu
est nul et non avenu. L'argument en est
le hadîth suivant. Al-Bukhâri
et Muslim
ont rapporté que quelqu'un est venu voir le
Messager de Dieu
et lui a dit : «
Mon fils qui travaillait pour untel, a forniqué
avec sa femme. Et j'ai remis au mari, à titre
de compensation, cent brebis et un esclave.
» L'Envoyé de Dieu
répliqua : « Les cent brebis et l'esclave
vous seront restitués. Quant à ton fils, il
recevra cent coups de fouet et sera expatrié
pendant une année ».
Donc,
tout contrat interdit par la législation islamique
ou dont l'un des piliers ou l'une des conditions
n'est pas respecté par l'un des contractants,
est un contrat nul et non avenu. Ceci est amplement
détaillé dans les livres de jurisprudence islamique.
3
- Les actes acceptables :
Il
existe pourtant des faits nouveaux et des actions
originales qui ne contredisent pas les règles
de la législation islamique. Bien au contraire,
il y a dans les arguments (Adillatu)
de la législation islamique et dans ses fondements,
ce qui les justifie. Ces nouveautés ne sont
donc pas à rejeter. Mieux encore, elles sont
acceptables et louables.
Il
n'est qu'à prendre pour exemple
les Compagnons du Prophète
qui
avaient fait des choses nouvelles et qui étaient
tous d'accord pour autoriser ces initiatives
créatives et à les juger bonnes. L'exemple le
plus éloquent est l'assemblage du Coran sous
le califat d'Abû Bakr
en un seul volume. Sous le califat de
Uthmân
, on en fit de nombreuses copies qu'on envoya
aux différentes provinces musulmanes.
Il
y a également d'autres exemples de cette innovation
louable, comme la rédaction d'ouvrages relatifs
à différentes sciences comme la
grammaire, le code successoral, les mathématiques,
le commentaire du Coran, la critique des chaînes
de transmission (Isnâd)
et de l'énoncé des termes des hadîths (Matn).
Ce travail créatif a donné naissance à d'autres
sciences théoriques qui servent les sources
fondamentales de la législation islamique, mais
aussi aux sciences expérimentales utiles aux
gens, dans la mesure où elles leur permettent
de préparer les causes secondes de la force,
de peupler la terre, de faire que
la Loi de Dieu
soit appliquée et de juger d'après ce que Dieu
à fait descendre.
4
- Les innovations blâmables et les innovations
louables :
On
déduit de ce qui précède qu'il existe certains
actes nouvellement créés qui contredisent la
législation divine et qui, de ce fait, sont
de mauvaises innovations, et d'autres qui sont
en harmonie avec elle, et qui sont, pour cela,
agréés et louables, et peuvent même être recommandables
(mandûb),
ou obligatoires à titre collectif (fard
kifâya).
C'est pourquoi As-Shâfi'î
a dit : «
Toute chose innovée qui contredit le Livre,
la Sunna, le consensus (des savants) ou une
information traditionnelle (Athar) est une innovation
qui se perd dans l'errance. Par contre, toute
chose qui est innovée en matière de bien et
qui ne les contredit en rien, est une innovation
louable. »
Par
ailleurs, la mauvaise innovation peut être détestable
(makrûh)
ou illicite (harâm)
en raison de sa nuisance et de son opposition
aux finalités et nécessités de l'Islam. Elle
peut, même, conduire l'homme à l'impiété et
à l'égarement. C'est le cas, par exemple de
:
-
L'appartenance
à des organisations et à des groupes
qui dénient la révélation, renient la
Loi de Dieu ,
appellent à l'application des lois positivistes
et voient dans l'application de la Loi
de Dieu un facteur de régression et
de faiblesse.
-
L'appartenance
aux groupes qui se réclament des soufis,
mais rendent licites la négligence des
charges prescrites par la législation
islamique, ne s'arrêtent pas sur les
limites de ce que Dieu
prescrit en matière de licite et d'illicite,
professent le panthéisme et l'incarnation,
etc.
Parmi
les mauvaises innovations que l'on trouve chez
les gens en général, on peut relever la glorification
de certaines choses dont ils espèrent tirer
bon augure et croient qu'elles peuvent leur
apporter quelque bien. Il en est ainsi de la
glorification d'une fontaine, d'un arbre, d'un
marabout.
A ce sujet, on rapporte qu'en marchant
à Hunayn, les
Compagnons
passèrent devant un
jujubier
que les associateurs vénéraient et suspendaient
leurs armes à ses branches. Quelques nouveaux
convertis dirent alors :
« O Envoyé de Dieu ! Désigne-nous un arbre de
bénédictions comme les associateurs en ont un.
»
Le Messager de Dieu
leur dit : «
Dieu est Grand
(Allahu
Akbar), vous venez de demander ce que
le peuple de Moïse lui avait demandé :
« Fais-nous un dieu de même qu'ils ont des divinités.
»
[
Sourate 7. Al-Araf Verset 138 ]
Puis il dit : «
Vous êtes un peuple se comportant selon l'ignorance
païenne. Vous allez cheminer sur les mêmes voies
que ceux avant vous. »
5 -
L'intérêt du hadîth :
L'intérêt
que représente la version de Muslim, à savoir
:
« celui qui fait une chose en désaccord avec
notre religion, on doit rejeter tout ce qu'il
fait. »
réside dans le fait qu'elle sert d'argument
contre ceux qui font des choses innovées, en
désaccord avec la religion, sans les avoir,
eux-mêmes, créées.
En effet, lorsqu'ils disent
qu'ils ne sont pas à l'origine de ces innovations,
et qu'ils peuvent donc, de ce fait, les faire
sans risquer de tomber sous le coup de la sentence
de la version rapportée par Al-Bukhârî
et Muslim ,
on leur réplique en citant la version de Muslim
: «
Celui qui fait une chose en désaccord avec notre
religion, on doit rejeter tout ce qu'il fait.
"
Par
ailleurs, le hadîth signifie que celui qui innove,
en matière de religion, ce qui va à l'encontre
de la législation islamique, il en supporte
le péché, son oeuvre est rejetée, et il mérite
le châtiment de Dieu.
Il montre également qu'à chaque fois que le
législateur demande de s'abstenir de quelque
chose, c'est parce qu'elle entraîne forcément
un dégât.
Enfin,
il met en exergue le fait que la religion islamique
est complète et exempte de toute imperfection.

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