Le statut légal du linceul
 

L'ensevelissement d'un mort est une obligation collective qui, lorsqu'elle est remplie par un musulman, en dispense les autres.

Al-Bukhârî rapporte que Khabbâb a dit :

« Nous avions émigré avec le Prophète pour l'amour de Dieu et comptant sur Lui pour nous octroyer subsistance. Certains parmi nous moururent avant même d'en avoir mangé, tel Musâ'ab Ibn 'Umayr, qui fut tué lors de la Bataille de Uhud. Nous ne trouvâmes pour l'ensevelir qu'une étoffe en guise de manteau court, de sorte que si on lui en couvrait la tête, les pieds restaient découverts et si on lui enveloppait les pieds, la tête restait nue, alors le Prophète nous ordonna de lui en couvrir la tête et de mettre sur ses pieds des feuilles d'une herbe appelée: al-idhkhir (jonc aromatique). »

 

Ce qui est louable en matière de linceul
 

Qu'il soit neuf, propre, couvrant toute la dépouille, conformément à ce que rapporte Ibn Mâja et At-Tirmidhî, lequel le considère hasan (bon), d'après Qatâda , comme quoi le Prophète a dit :

« Lorsque l'un de vous se charge des funérailles de son frère musulman, qu'il lui procure un linceul convenable».

Qu'il soit blanc, conformément à ce que rapporte Ahmad, Abû Dâwûd et At-Tirmidhi qui l'a authentifié, d'après Ibn 'Abbâs :

« Le Prophète a dit :
" Choisissez des vêtements blancs, car ce sont les meilleurs vêtements, et faites-en un linceul pour vos morts ". »

Qu'il soit encensé et parfumé, conformément à ce que rapporte Ahmad et Al-Hâkim qui l'a authentifié, d'après Jâbir , comme quoi le Prophète a dit :

« Si vous encensez le linceul du mort, faites-le trois fois de suite. »

Abû Sa'id Ibn 'Umar et Ibn 'Abbâs ont recommandé aux leurs d'encenser leurs linceuls.

Qu'il soit constitué de trois pièces enveloppantes pour l'homme, et de cinq pour la femme, conformément à ce que rapportent Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dawud, At-Tirmidhî, An-Nasâ'î, Ibn Mâja et Ahmad , d'après 'Âisha , laquelle déclare que le Prophète fut enseveli dans trois pièces de tissu blanc en coton neuf, sans chemise ni turban.

At-Tirmidhî a dit : « C'est ce que la majorité des érudits parmi les Compagnons du Prophète et autres soutient.»  De son côté, Sufyân Ath-thawrî a dit : « L'homme sera enseveli dans trois pièces de tissu, dont l'une sous forme de chemise, ou toutes les trois simplement enveloppantes. »

Au cas où il serait impossible de se procurer deux pièces de tissu, une seule suffira, mais il est préférable d'en utiliser trois comme l'affirment Ash-Shâfi'î, Ahmad et Ishâq . Ils déclarent également que la femme sera ensevelie dans cinq pièces de tissu enveloppantes.

Umm 'Atiyya rapporte que pour ensevelir sa fille, le Prophète lui donna un drap, un chemisier, un voile et deux pièces d'étoffe pour l'en envelopper.

Ibn Al-Mundhir conclut : « La majorité des savants auxquels nous nous référons soutiennent qu'on ensevelit la femme dans cinq pièces de tissus. »

 

Le linceul de celui qui est en ihram (en état de sacralisation)
 

Lorsque celui qui est en état d' ihrâm vient à décéder, on le lave tel qu'on lave d'habitude les autres morts, mais on l'ensevelit dans son pagne, la tête découverte et sans le parfumer, car les conditions de l'ihrâm demeurent effectives, conformément à ce que rapportent Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dawûd, At-tirmidhî, An-Nasa'i, Ibn Mâja et Ahmad, d'après Ibn 'Abbâs qui déclare :

« Un homme était avec le Prophète au Mont ' Arafa,
lorsqu'il tomba de sa monture et se brisa le cou. On en informa le Prophète qui ordonna :

« Lavez-le avec de l'eau et du lotus et ensevelissez-le dans les deux pièces de son pagne,
sans le parfumer ni couvrir sa tête, car il sera ressuscité le Jour de la résurrection proclamant
la talbiyya (formule que les pèlerins répètent durant le pèlerinage) ».
[...]

 

Il est réprouvable d'exagérer le prix du linceul
 

Le linceul devra être convenable sans qu'il soit d'un prix exagéré. Ash-sha'bi rapporte que 'Alî a dit :

« N'exagérez pas le prix du linceul, car j'ai entendu le Prophète dire :
« N'exagérez pas le prix du linceul, car il se détériore rapidement ».

[ Rapporté par Abû Dâwûd ; dans sa chaîne de transmission figure Abû Mâlik, lequel suscite des commentaires.]

Par ailleurs, Hudhayfa a dit : « N'exagérez pas le prix du linceul et achetez-moi deux pièces de tissu propres. »

De son côté, Abû Bakr recommanda : « Lavez mon vêtement que voici, ajoutez-y deux autres pièces de tissu et utilisez-les pour m'ensevelir. »

'Â' isha lui dit : « Celui-là est vétuste. Alors il lui répondit : « Le vivant est plus en droit de porter du neuf; le linceul est destiné à contenir le pus. »

 

Le linceul en soie
 

Il est interdit à l'homme d'être enseveli dans un tissu en soie, alors que c'est permis pour la femme et ce, conformément au propos du Prophète concernant l'or et la soie :

« Ils sont illicites aux hommes de ma Communauté, licites aux femrnes.»

Toutefois, un grand nombre d'érudits estime réprouvable d'ensevelir la femme dans un linceul de soie, en raison du gaspillage que son prix implique, d'autant qu'il est réprouvable d'exagérer le prix du linceul. Ils établissent une différence entre l'utilisation de la soie comme parure de la femme de son vivant et le fait de le prendre comme linceul pour couvrir sa dépouille.

Ahmad a dit : « Je n'aime pas qu'une femme soit ensevelie dans un linceul de soie. »

Al-Hasan, Ibn Al-Mubârak et Ishâq l'ont eux-même réprouvé.

Ibn AI-Mundhir ajoute: « Je n'ai point entendu d'opinion contraire à la leur. »

 

Les frais du linceul sont prélevés sur le capital légué
 

Lorsque le mort a légué un capital, les frais de son linceul sont prélevés dessus. Mais quand il n'a rien légué, ces frais incombent à celui qui assumait son entretien; sinon, les frais seront assumés par la trésorerie de l'Etat; sinon, ces frais incombent aux musulmans eux-mêmes, le cas de l'homme et celui de la femme étant en cela similaire.

Ibn Hazm a dit : « Les frais du linceul et de l'enterrement de la femme seront prélevés sur son propre capital et n'incomberont en rien à son mari, car les biens des musulmans sont préservés, à moins d'une prescription coranique ou prophétique contraire. Le prophète a dit : « Le sang d'autrui et ses biens vous sont illicites. »

Allâh  a prescrit à l'époux de s'acquitter des frais d'entretien de sa femme, de ses vêtements et de son habitation. Or ni le linceul ni les frais de préparations de la tombe ne figurent dans lesdites prescriptions divines incombant à l'époux.»

 

 

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