J’ai une certaine appréhension liée au fait que je ne connais grand-chose de l’islam et que je risque donc, après ma conversion, de commettre sans m’en rendre compte une erreur par manque de savoir sur les règles éthiques, morales et sociales de l’islam. Mon appréhension concerne les autres musulmans : comment vont-ils me percevoir ? Voilà une de mes craintes : d’être jugé par les musulmans et musulmanes.
 

Concernant l’appréhension que vous évoquez,  elle n’a absolument pas lieu d’être. Soyez serein(e).

1- Il est vrai que l’islam dit que chaque musulman ou musulmane qui voit un acte mauvais se commettre doit rappeler à celui qui le commet ses devoirs vis-à-vis de Dieu.

Mais le Prophète  a aussi enseigné la progressivité dans le rappel, ce qui est valable pour les musulmans en général, mais aussi et surtout pour ceux qui viennent de se convertir à l’islam.

 Le Prophète  avait envoyé Mu’âdh au Yémen vers la fin de sa vie, alors que la plupart des obligations et des interdictions de l’islam étaient déjà révélées.

Or, il lui avait bien recommandé d’être progressif lorsqu’il informerait ceux qui se convertiraient à l’islam des obligations leur incombant :

 “Tu vas te rendre auprès de Gens du Livre. Que la première chose à laquelle tu les invites soit l’adoration de Dieu. Lorsqu’ils connaîtront Dieu, informe-les que Dieu a rendu obligatoires cinq prières dans la journée et la nuit.

Et lorsqu’ils feront cela, informe-les que Dieu a rendu obligatoire sur eux une aumône qui sera prise de leurs riches et donnée à leurs pauvres…[ al-Bukhârî et Muslim ]

 Les musulmans et musulmanes doivent donc se souvenir de cet enseignement du Prophète  et ne pas vouloir tout rappeler (ce qui est fondamental / obligatoire, comme ce qui est secondaire / purement facultatif) à celui ou à celle qui vient de se convertir.
 

2- Et s’il s’agit de quelque chose de nécessaire qu’il faut rappeler, les musulmans et musulmanes doivent également se souvenir que le Prophète (paix sur lui) a enseigné dans ce cas la douceur.

Surtout vis-à-vis de celui ou celle qui vient d’embrasser l’islam et qui ne sait pas grand-chose de ses règles, pour qui il faut avoir beaucoup de compréhension.

Mu’âwiya ibn ul-Hakam raconte ainsi une expérience vécue auprès du Prophète alors qu’il était un converti de fraîche date :

“Pendant que j’accomplissais la prière sous la direction du Prophète, quelqu’un éternua.

Je dis alors : “Que Dieu te fasse miséricorde !” [formule que l'on dit en pareille circonstance, mais pas pendant la prière]. Les gens me regardèrent alors avec étonnement. Je leur dis : “Eh bien, qu’avez-vous à me regarder ainsi ?” Ils se mirent alors à tapoter de leurs mains sur leurs cuisses.

Lorsque je vis qu’ils me demandaient ainsi d’observer le silence, je me tus.

Lorsque le Prophète termina sa prière … mes parents peuvent être témoins du fait que je n’ai jamais vu quelqu’un, ni avant lui ni après lui, enseigner d’une meilleure façon que lui. Par Dieu, il ne me blâma pas, il ne me frappa pas, il ne me dit rien de mal.

Il me dit : “Dans cette prière, il ne convient pas qu’il y ait quelque chose relevant des paroles des gens. Cette prière n’est que proclamation de la pureté de Dieu, proclamation de la grandeur de Dieu, et récitation du Coran.”

Je lui dis : “O Messager de Dieu, il n’y a pas longtemps que j’ai quitté l’état de non-croyance, et Dieu nous a donné l’islam. Mais il y a parmi nous des gens qui se rendent auprès de devins.” “Eh bien, ne te rends pas auprès d’eux” me dit-il … ” [ Muslim, n° 537 ]

Un autre Compagnon du Prophète    raconte :

“Nous étions en train de parler de quelque chose. Il n’y avait pas longtemps que je m’étais converti à l’islam, et je dis [par habitude, pour appuyer mon propos] : “Par Al-Lât et Al-’Uzzâ [deux idoles de l'Arabie pré-islamique]“.

Les autres Compagnons du Prophète présents me dirent :

“Quelle horrible parole as-tu dite là ! Rends-toi auprès du Prophète et informe-le de ce que tu as dit, car nous pensons que tu es peut-être devenu incroyant.”

Je me rendis auprès du Prophète et lui racontai ce qui s’était passé.

Il me dit : “Dis trois fois : “Il n’y a aucune divinité en dehors de Dieu, qui est Unique et n’a pas d’associé”, demande trois fois à Dieu de te protéger contre le démon, souffle sur ta gauche trois fois, et ne redis plus cela” [ an-Nassaï, n° 3776 ]

Le Prophète avait compris qu’il n’avait pas fait ce serment par apostasie, mais simplement parce que l’habitude n’avait pas encore disparu de chez lui.

 

C’est à ce genre de fait, tout à fait prévisible et involontaire de la part de personnes qui viennent de se convertir que se rapporte, d’après Ibn Hajar, cette autre parole du Prophète :

“Celui qui fait un serment et a dit “Par al-Lât et al-’Uzzâ”, qu’il dise (aussitôt) : “Il n’y a aucune divinité en dehors de Dieu”. Et celui qui a dit “Viens jouer à un jeu de hasard”, qu’il donne une aumône” (al-Bukhârî, n° 4579, Muslim, n° 1647). Les Arabes d’avant l’islam étaient friands des jeux de hasard avec mise d’argent, et si un musulman fraîchement converti disait par réflexe, sans réfléchir, à un ami : “Viens jouer à un jeu de hasard”, il devait bien sûr se retenir et donner lui-même une aumône à un pauvre pour changer ses habitudes.
 

3- Enfin, il faut savoir qu’en islam, les musulmans et musulmanes rappellent, ils ne jugent pas. Le Jugement pour les croyances et les actes se fera par Dieu, le jour du jugement. Il est vrai que, dans un pays musulman, – comme dans tous les pays du monde –, des juges (qadhî / hâkim) existent dans des tribunaux qui rendent des jugements juridiques face à une infraction constatée de la loi du pays. Mais ce n’est pas de ce jugement-là que je parle.

Je parle du jugement qui consisterait à dire : “Toi tu iras en enfer”, ou “Toi tu es un mauvais musulman”, etc. : ce genre de jugement est réservé à Dieu.

Alors, ne vous tracassez pas.

 

Wa Allâhu A’lam (Dieu sait mieux).

Par Anas Ahmed Lala

 

 

 

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