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«
Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi
alors Je suis tout proche: J'exauce la demande
de celui qui M'invoque quand il M'invoque. Qu'ils
répondent à Mon appel et qu'ils
croient en Moi afin qu'ils soient bien guidés.
» [
Sourate 2 - Verset 186 ]
C'est
une exhortation à l'imploration -du'â-
en montrant qu'Il
est
tout proche de nous, et qu'il suffit de L'invoquer
en répondant à Son appel.
Les
adorations rituelles ont été prescrites
pour que l'homme témoigne de son humilité
-adh-dhul- et de son besoin -al-faqr- au Seigneur
des cieux et de la terre. De ce point de vue,
l' imploration est le culte par excellence.
«Invoquez
votre Seigneur en toute humilité et recueillement,
et avec discrétion. Il n'aime pas les
transgresseurs. » [
Sourate 7 - Verset
55 ]
Le
Prophète disait:
«
L'invocation -du'â- est le cœur de l'adoration.
» [
Rapporté par Abu Dawud et Tirmidhi ].
C'est
pour cela que Dieu
l' a qualifiée, dans
le Coran, de « Mon adoration» dans
le verset suivant:
«
Et votre Seigneur dit: Invoquez-Moi, Je vous
répondrai. Ceux qui, par orgueil, se
refusent à Mon adoration entreront bientôt
en Enfer, humiliés.» [
Sourate 40
- Verset 60 ]
Ce
verset nous apprend, que par l'imploration,
on affirme notre faiblesse -dhu'f- devant Sa
Force -quwwa-, notre humilité -dhul-
devant Sa Majesté -al-jalâl-,
notre
petitesse devant Sa Grandeur -al- 'adhama- et
notre besoin -faqr- devant Sa Richesse -al-ghinâ-
: ce sont là toutes les qualifications
de l'adoration par excellence.
Dans
le même verset, ceux qui ne s'acquittent
pas de cette adoration noble sont qualifiés
d'orgueilleux, car ils refusent de s'humilier
devant leur Créateur, leur devenir est
l'
humiliation dans l'Enfer.
Selon
Abû Hurayra , le Prophète a dit
:
«
Il n'y a pas une adoration aussi aimée
par Dieu que l'imploration. » [ Rapporté
par Tirmidhi et Al-hakim ]
L'imam
Qushayrî disait: « l'imploration
est la clé pour avoir sa besogne -al-hâja-.
Il est l'apaisement des nécessiteux et
le recours des besogneux. »
Selon
Sahl Tustarî: « L'imploration qui
peut être exaucée est celle qui
coïncide avec l'état -hâl-
du demandeur, et le meilleur état est
celui dans lequel il est dans le besoin de ce
qu'il demande. »
À
ce sujet, Abû 'Abdallah al-Makânissî
racontait :
« J'étais chez Junayd
quand une femme est venue vers lui, et lui dit
:
"J'ai perdu un fils, invoque Dieu pour
qu'Il me le ramène." Il lui dit
:
" va et patiente." La femme, partit
un moment, revint et reformula sa demande.
Junayd
lui répondit de la même manière.
Elle fit la même chose plusieurs fois,
et à chaque fois, Junayd lui disait :
va et patiente, jusqu'à ce qu'elle lui
dise "ma patience a atteint ses limites."
Et Junayd de lui répondre: " Si vraiment
tu as perdu patience, va, ton fils est revenu."
La femme partit pour un moment et revint remercier
Junayd. On lui demanda : "Comment as-tu
su qu'il était revenu?" Il répondit:
"N'est-ce point Dieu
qui a dit:
«
N'est-ce point Lui (Dieu) qui répond
à l'angoissé quand il L'invoque,
et qui enlève le mal [...] » [
Sourate 27 - Verset 62 ]
Deux
écoles sont en désaccord sur ce
qui est meilleur entre l'
imploration et la satisfaction
-ar-ridhâ-. La première disait
que l' imploration est une adoration en elle-même
tel que le hadîth du Prophète l'affirme:
«
L'imploration est le cœur de l'adoration.
» [ Rapporté par Abu Dawud et Tirmidhi
].
Et
donc, faire ce qui est adoration est mieux que
de s'y abstenir. De ce fait, c'est un droit
de Dieu, et s'Il ne l'exauce pas, au moins le
serviteur s'est acquitté du droit de
son Seigneur, car l'
imploration consiste à
montrer le besoin de la servitude -jaqr al'ubûdiya-.
Abû Hâzim al-A'raj disait: «
Ne
pas pouvoir s'acquitter de l'imploration est
moins supportable pour moi que de ne pas être
exaucé. »
L'autre
école disait que le silence et la satisfaction
sont meilleurs, car être satisfait du
choix du Seigneur est plus méritoire.
C'est pour cela que d'après Muhammad
al-Wâssitiyi : « Choisir ce qui
a été écrit pour toi dans
la pré-éternité et en être
satisfait, est meilleur que d'y être opposé
sur le moment. »
Dans
un hadîth qudsî, rapporté
par le Prophète , Allah dit:
«
Celui qui est occupé par Mon évocation
-dhikr- au lieu de Mon invocation -du’a-, Je
lui fais grâce du meilleur don octroyé
aux demandeurs» [ Rapporté par
Al-Bukhari ]
Mais
le juste milieu est la meilleure des positions.
Les
états -ahwal- sont différents
selon les moments -alwaqt-. Il y a des états
où l'invocation est meilleure et d'autres
où c'est la satisfaction -ridhâ-
qui est meilleure. Si le serviteur trouve dans
son cœur une tendance à l'invocation,
c'est une porte qui lui a été
ouverte dans ce sens, à cet instant précis.
Selon Ibn 'Atâ'l1ah Iskandarî: «
Quand
Il te facilite la demande, sache qu'Il
veut
te donner. »
Si
le serviteur trouve dans son cœur une tendance
au silence et à la satisfaction, une
porte vient de s'ouvrir à lui dans ce
sens qu'il ne cherche pas à s'en détourner.
Il ne faut pas, non plus, que l'invocation le
voile de l' Invoqué. Et si, pendant l'imploration,
il ressent un resserrement -qabdh- du cœur et
une sorte de refus, le mieux est de laisser
sa demande à cet instant. Si, au contraire,
il ressent un apaisement du cœur, le mieux est
de continuer et de s'adonner à l'invocation.
C'est
le sens de la sagesse d'Ibn 'Atâ qui dit
:
« Peut-être qu'en te donnant, Il
te prive, et peut-être qu'en te privant,
Il te donne. »
Parmi
les politesses à observer pour l'invocation,
on trouve la présence du cœur loin de
la distraction.
Le Prophète
a dit
à ce sujet:
«
Dieu n'exauce pas l'invocation
d'un serviteur au cœur distrait. » [
Rapporté
par Ahmad et Tirmidhi ]
Aussi
faut-il se nourrir que de choses licites. Le
Prophète a dit à Sa'd :
«
Purifie ta nourriture, ta demande sera exaucée.
» [ Rapporté par Tabarani ]
Ainsi,
parmi les conditions, l'on trouve le fait de
connaître et se soumettre à Dieu
durant l'aisance afin qu'Il te vienne en secours
pendant les calamités. On a dit à
Ja'far as-Sâdiq: «
Pourquoi n'est-on
pas exaucé alors qu'on invoque Dieu tout
le temps ? » Il répondit: «
Car
vous invoquez Celui que vous ne connaissez pas.
»
Aussi,
faut-il insister dans l'invocation si elle n'est
pas exaucée, car elle est récompensée,
au moins, en tant qu'
adoration. Et cette dernière
est la preuve que Dieu veut élever le
degré du serviteur puisqu'Il Ia lui facilite.
Ibn' Atâ disait: « Ne te réjouis
pas de l'adoration parce qu'elle vient de toi,
mais réjouis-toi parce qu'elle vient
de
Lui vers toi. »
«
Dis : "De la Providence de Dieu et de Sa
Miséricorde, voilà de quoi ils
devraient se réjouir. C'est bien meilleur
que tout ce qu'ils amassent.» [
Sourate
10 - Verset 58 ]
Selon
Sâlih al-Marriye : « Celui qui frappe
à la porte en insistant risque de la
voir s'ouvrir à lui. » Râbi'a
al 'Adawiya lui a répondu: "
Jusqu'à
quand diras-tu cela? Quand la porte a-t-elle
été fermée pour qu'on demande
son ouverture ? " II répliqua: "
Un
vieux ignorant et une femme savante et sage.
»
À
l'appui de ce que nous venons de dire, voici
quelques sagesses livrées par les plus
grands mystiques:
« La langue des pécheurs
est leurs larmes; l'invocation consiste à
s'éloigner des péchés;
qu'Il
te permette de L' invoquer est meilleur
que la réponse. »
«
Comment peux-tu attendre la réponse à
ton invocation alors que tu lui as fermé
le chemin par l'insouciance -ghajla-. »
Et
dans les Sagesses d'Ibn 'Atâ :
«
Tant qu' Il facilite à ta langue la demande,
sache qu'Il veut te faire grâce. »
Ghazâlî
dans La revivification des sciences religieuses
a cité dix politesses à observer
pour espérer que l'invocation soit exaucée,
nous citerons les plus importantes :
-
Choisir pour l'invocation les meilleurs moments
comme le jour d'Arafât, le mois de Ramadhân,
le jour du Vendredi et le dernier tiers de la
nuit :
«
Et aux dernières heures de la nuit, ils
imploraient le pardon (de Dieu). » [
Sourate
5 - Verset 18 ]
Le
Prophète a dit :
«
Lors du dernier tiers de la nuit, Dieu descend
au plus bas ciel en disant: " Qui M'invoque
pour que Je lui réponde ? Qui Me demande
pour que Je lui donne? Qui implore Mon pardon
pour que Je lui pardonne ? " » [ Rapporté
par Al-Bukhari et Muslim ]
-
Profiter des meilleurs et nobles états
pour le faire, car, en vérité,
la noblesse des moments est fonction de la noblesse
des états qui les accompagnent. Mujâhid
a dit: « La prière est prescrite
dans les meilleurs moments de la journée,
acquittez-vous de l'invocation après
les prières.» Aussi, parmi les
états nobles où l'invocation est
exaucée, l'on trouve l'
état de
jeûne, le Prophète
a dit à
ce sujet:
«
L'invocation du jeûneur n'est pas refusée.
» [ Rapporté par Ibn Hibban et
Al-Hakim ]
Et
parmi les positions nobles où le serviteur
acquiert un état d'humilité maximale,
se trouve la position de prosternation, le Prophète
a dit à son sujet:
«
La position dans laquelle le serviteur est le
plus proche de son Seigneur est la prosternation,
faites-y beaucoup d'invocations. » [ Rapporté
par Muslim ]
Et
ceci parce que la position de la prosternation
est la position dans laquelle le serviteur témoigne
de son humilité et de son besoin -jaqr-.
Ibn 'Atâ disait dans ses Sagesses:
«
Le
meilleur moment est celui dans lequel tu réalises
l'existence de ton besoin -faqr-, et dans lequel
tu retournes à la réalité
de ton humilité. »

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